Tribune [MET n°24 – Mars/Avril 2021]

L’autre urgence sanitaire : la qualité de l’air !

Quand respirer tue… la dernière étude sur le sujet estime à 100 000 chaque année en France le nombre de décès prématurés dus à l’air que nous respirons, un chiffre qui ne cesse de grimper. 100 000, c’est plus que le nombre de décès liés à l’épidémie de Covid-19 dans notre pays. La pollution de l’air accroît le risque de maladies respiratoires aiguës et chroniques, ainsi que de maladies cardio-vasculaires. De plus, des chercheur·ses de l’Université de Harvard ont établi une corrélation entre la pollution de l’air et une mortalité accrue au Covid-19.

Les sources de pollution de l’air sont multiples et résultent essentiellement des activités humaines : transports, chauffages, agriculture, industries. Elles émettent des polluants et des gaz à effet de serre, nocifs non seulement pour la santé humaine, mais aussi pour les écosystèmes, la biodiversité et le climat. 

Nous ne sommes pas tou·te·s égaux·les face à la pollution de l’air. Elle frappe plus durement les plus pauvres d’entre nous : celles et ceux qui habitent à proximité des grands axes routiers, des zones industrielles. Celles et ceux qui n’ont pas les moyens suffisants pour s’en prémunir et pour se soigner.

Le gouvernement préfère payer plutôt que de prendre les mesures qui s’imposent

La pollution de l’air coûterait à la France chaque année plus de 100 milliards d’€ Récemment condamnée par la Cour de Justice de l’Union européenne et par le Conseil d’État en raison de dépassements répétés des normes de qualité de l’air, la France s’expose au risque d’une astreinte de 10 millions d’€ par semestre de retard. Pourtant, le gouvernement s’entête dans sa stratégie de l’inaction et refuse de prendre les mesures qui s’imposent. 

La métropole lyonnaise n’est pas épargnée

Une vingtaine d’agglomérations sont concernées par ces dépassements répétés des normes de qualité de l’air, dont celle de Lyon. A cet égard, la multiplication des pics de pollution et des épisodes caniculaires estivaux rappellent très concrètement aux Grand-Lyonnais·es l’urgence et la gravité de la situation. Il nous faut agir et vite ! 

Réduire le nombre de véhicules polluants 

Pour inverser rapidement et durablement la tendance, nous avons un outil efficace : la Zone à Faibles Émissions (ZFE), que nous allons rendre plus ambitieuse. Cette ZFE permet de diminuer le nombre de véhicules et d’améliorer qualitativement la flotte de véhicules en circulation. Les véhicules les plus polluants, professionnels comme particuliers, disparaîtront ainsi progressivement de la ZFE, dont le périmètre sera élargi au-delà des communes de Lyon, Villeurbanne et Caluire. En mars sont votées de nouvelles mesures en ce sens, avec en ligne de mire un cœur de métropole débarrassé du diesel d’ici 2026.

Développer massivement les mobilités douces et actives 

Pour accompagner cette transition et ne laisser personne sans solutions, les transports en commun, la pratique du vélo, l’autopartage et le covoiturage, les déplacements piétons seront massivement développés et l’acquisition de véhicules propres encouragée. Avec 400 000 Grand-Lyonnais·es qui ne disposent pas d’un véhicule, ces alternatives à la voiture individuelle ont une vocation sociale qui ne peut pas être négligée. Elles s’avèrent aussi financièrement plus intéressantes, quand on sait qu’un véhicule coûte en moyenne entre 5 200 € et 10 000 € à l’année, tous frais confondus.

Avec un budget d’investissement du SYTRAL doublé, porté à 2,5 milliards d’euros pour le mandat 2021-2026 et un budget d’investissement de la Métropole pour les mobilités actives quadruplé, nous nous donnons clairement les moyens de notre ambition :

  • Aménagement du Réseau express vélo (REV) : d’ici 2026, ce sont quelques 250 km de voies cyclables larges, confortables, sécurisées et séparées des autres flux qui seront aménagés pour encourager le recours au vélo.
  • Extension du réseau de tram : d’ici 2026, quatre nouvelles lignes de tram seront mises en service : le T6 nord, le T8, le T9 et le T10, qui permettront une desserte de quartiers longtemps oubliés et enclavés, comme à Villeurbanne, Vaulx-en-Velin ou Saint-Fons.
  • Mise en place d’un téléphérique entre Francheville et Lyon-Gerland : Long de six kilomètres, il desservira d’ici 2026 entre sept et huit stations en transportant près de 20 000 voyageur·ses quotidiennement. La commune de Francheville, terminus de la ligne, se retrouvera à seulement 20 minutes de Lyon.
  • Des bus plus propres et plus performants : 400 nouveaux bus écologiques seront progressivement mis en service dès 2021, en remplacement de véhicules thermiques. Objectif 2026 : 40% de la flotte de bus du SYTRAL renouvelée par des motorisations GNV (gaz naturel) ou électriques. 15 lignes majeures verront leur performance augmentée, pour un réseau de bus plus attractif. 

Des tarifs TCL incitatifs, plus équitables et plus justes 

  • Depuis le 1er janvier 2021, et dans le respect de nos engagements, 130 000 Grand-Lyonnais·es en situation de grande précarité peuvent bénéficier de la gratuité des transports en commun, quand 70 000 autres peuvent bénéficier d’un tarif réduit à 10€ par mois.
  • Au comité du SYTRAL de mars sont étudiées, à destination des étudiant·es les plus précaires :
    – la baisse du prix de l’abonnement annuel 18-25 ans qui passera à 25€/mois, soit une diminution de 23%
    – la création d’un nouveau titre à destination des étudiant·es boursiers et de celles et ceux qui bénéficient de l’aide d’urgence annuelle du CROUS, à 10€/mois.

Accélérer la transition énergétique pour réduire nos émissions 

La transition énergétique, c’est bon pour la qualité de l’air, pour l’emploi local et pour le porte-monnaie !

  • Nous renforcerons l’aide aux ménages pour la rénovation énergétique de leur logement. Le dispositif ECORENOV sera amplifié afin de permettre la rénovation de 10 000 logements par an. 
  • Nous accélérerons sur la Prime Air Bois afin que davantage de ménages y aient accès. Cette aide de 1 000 € pour tous les ménages, portée à 2 000 € pour les plus modestes, a pour but d’encourager le remplacement des cheminées anciennes générations à foyer ouvert ou vieux poêles à bois par des appareils labellisés “flamme verte » plus performants, moins polluants, et qui permettent de faire des économies d’énergie et financières à court terme.
  • Nous mettrons en œuvre l’isolation massive des bâtiments publics via des matériaux biosourcés pour en faire des équipements à énergie passive, voire positive, avec notamment des toitures végétalisées ou encore des panneaux photovoltaïques.
  • Les entreprises de la Métropole de Lyon ne seront pas en reste avec le dispositif Lyon Eco Énergie valorisé, permettant aux PME et TPE d’être accompagnées gratuitement pour réduire leurs consommations d’énergie.
  • Nous renforcerons la Prime Eco-Chaleur qui apporte une aide aux entreprises, bailleurs, associations, collectivités pour investir dans des systèmes de chauffage renouvelables et bas-carbone (géothermie, panneaux solaires thermiques etc) jusqu’à 70% pour les études et 40% pour les travaux.

La pollution de l’air est bien une urgence environnementale et de santé publique,  qui impacte tous les pans de notre vie quotidienne et exige un changement systémique de nos pratiques. Ce changement de paradigme, nous l’impulsons dès à présent à l’échelle de la métropole lyonnaise, comme d’autres le font ailleurs, à Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Poitiers ou Besançon. 
Mais ce défi ne pourra être relevé par les seules Métropoles et communautés d’agglomération car sans les Régions, pas de TER du quotidien, sans l’Etat ni l’Union Européenne, pas d’inflexion subséquente de la politique agricole ni de bifurcation de nos modèles économiques. Cette direction que nous devons prendre collectivement, la Convention Citoyenne pour le Climat en a tracé le chemin. A nous d’en être à la hauteur.

Benjamin Badouard et Vinciane Brunel-Vieira
Co-président·es du groupe Les Écologistes