« Si nous intervenons sur la publicité, c’est pour un espace public apaisé, en faveur de l’économie locale et dans la lutte contre le gaspillage énergétique » ❌ – Intervention de Blandine COLLIN

Chers collègues,

10 milliards d’euros. En 2019, les dépenses publicitaires annuelles d’Amazon ont atteint les 10 milliards d’euros. C’est 3 fois le budget d’investissement de notre Métropole

Plus de 15 000. C’est le nombre de stimuli commerciaux auxquels nous sommes soumis, chaque jour, selon le chercheur en neuromarketing Arnaud Pêtre

Voilà la place qu’occupe aujourd’hui la publicité dans notre société. Face à cette emprise publicitaire croissante, le Règlement Local de Publicité nous offre la possibilité d’intervenir dans un domaine qui relève de notre compétence : l’espace public. Ce sujet est pour nous essentiel. Nous avons déjà eu l’occasion de le dire dans cette assemblée : la publicité est au cœur des préoccupations écologiques. Elle concentre :

  • Des enjeux de lutte contre la surconsommation et la surexploitation des ressources, 
  • Des enjeux de soutien à l’économie locale face aux multinationales,
  • Des enjeux de préservation du cadre de vie, de lutte contre le gaspillage énergétique, la pollution visuelle et lumineuse. 

L’universitaire Yves Citton parle même d’une “écologie de l’attention”, qu’il est nécessaire de développer pour se protéger de la pollution permanente de notre attention au quotidien, notamment par la publicité. Il place cette publicité au cœur de ce qu’il nomme « l’économie de l’attention » symbolisée par la remarque de l’ancien PDG de TF1, Patrick Le Lay, en 2004 : “Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible”.  Il est nécessaire, selon lui, de reconstituer des environnements ou des milieux favorables pour notre capacité d’attention. 

Si nous intervenons sur la publicité, c’est donc d’abord en cohérence avec les politiques que nous menons par ailleurs, pour un espace public apaisé, en faveur de l’économie locale et dans la lutte contre le gaspillage énergétique.

Si nous intervenons sur la publicité, c’est parce que nous pensons que cela est profitable pour notre territoire.

Alors oui, Monsieur Cochet, la publicité correspond à un certain modèle économique. Réduire la publicité c’est profitable pour l’économie locale et pour une économie plus juste. Les emplacements publicitaires les plus prisés, ceux qui envahissent le cœur de l’agglomération, qui sont les plus visibles, les plus denses et les plus agressifs, sont aussi les plus chers. Ils ne sont accessibles qu’aux grands groupes, au détriment de l’économie locale et du commerce de proximité. Pour nombre de grandes marques, la publicité fait partie intégrante du modèle économique et nous payons au prix fort les dépenses publicitaires, qui représentent une part importante du prix d’achat. Jusqu’à 70%, par exemple, pour une paire de baskets de grande marque. Il existe des marques éthiques, qui refusent la publicité pour consacrer leurs recettes à la juste rémunération des fournisseurs. En tant que consommateur, nous sommes de plus en plus nombreux à regarder les étiquettes, à faire des choix. En tant qu’élu, nous pouvons lutter contre la banalisation et la généralisation de la publicité, nous avons le pouvoir de favoriser une économie plus juste et locale.

C’est profitable aussi pour nos paysages. Nous avons la chance de vivre dans un territoire exceptionnel, tant par la diversité patrimoniale de son tissu urbain que par la beauté de ses espaces naturels, des terres agricoles, des monts, des fleuves, des arbres, de sa biodiversité. J’habite Curis-au-Mont-d’Or, écrin parmi notre poumon vert, et je mesure combien ce patrimoine est à préserver. Les dispositifs publicitaires géants ne doivent pas défigurer nos paysages.

On peut se féliciter du travail qui a été réalisé pour élaborer ce projet de RLP, en concertation avec les communes. C’était déjà le cas lors du précédent mandat, au lancement de la démarche, mais depuis un an et demi, non seulement il y a eu à nouveau un travail d’information auprès de toutes les CTM, mais surtout de nombreux retours des maires qui attendent bien souvent de ce RLP des mesures ambitieuses. La concertation, pour laquelle les citoyennes et les citoyens se sont mobilisés, montre là aussi une attente pour moins de publicité dans notre Métropole. 

Nous pensons aujourd’hui que tout le monde ici peut trouver un intérêt dans ce projet de RLP, à titre personnel, en tant qu’élu·e et au service de notre territoire

Nous voterons pour cette délibération.


Blandine COLLIN
Conseillère métropolitaine

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