« Nous n’engageons pas une politique réelle de transition en faisant ce qui est facile et vendeur, mais ce qui est juste et nécessaire » – Intervention de Vinciane BRUNEL-VIEIRA

Avant de démarrer mon intervention, bien entendu, le groupe des écologistes se joint à moi pour exprimer tous nos vœux de rétablissement à M. Gérard Collomb, nous espérons le revoir au plus vite dans cette assemblée, qu’il sait animer de son talent d’orateur.

Contrairement à Mr Kimelfeld, je pense que l’actualité italienne mérite quand même un commentaire. Avec les résultats du parti de Giorgia Meloni, la candidate admirative de Mussolini, la montée inquiétante des extrême-droites en Europe progresse.

Pour faire face à la déstabilisation des régimes démocratiques, il nous appartient de nous réinterroger collectivement pour ne pas reproduire les erreurs du passé. Parmi les causes entraînant conflits mondiaux et crises migratoires, la raréfaction des ressources et les conséquences liées au dérèglement climatique vont bouleverser les équilibres à force d’actions trop lentes et trop molles de nos gouvernements.

En France, le rappel de l’urgence climatique a été douloureux. L’été 2022 a été celui le plus chaud jamais enregistré en Europe. En France ce sont 33 jours de canicule, et près de 60.000 hectares de forêts dévastés par les feux depuis le début de l’année. Des températures de 40°C les plus précoces jamais observées, dès le 16 juin.  À l’échelle mondiale, tous les pays sont touchés, inondations, pluies diluviennes, vagues de sécheresse.

À cela s’ajoute la crise énergétique que nous connaissons, une crise causée non pas tant par des problèmes d’approvisionnement mais par l’emballement des marchés, rendu possible par une dérégulation portée par les libéraux depuis des années.  D’ailleurs que nous propose le président libéral Macron ? D’attendre … d’attendre dit-il « de refaire fonctionner les marchés »… et on voit toute l’essence de la pensée macronienne dans cette phrase « refaire » « fonctionner » «les marchés ».

Mais comme disait Albert Einstein : « on ne peut pas résoudre un problème avec le même type de pensée que celle qui l’a créé ».

Il faut changer de paradigme et de manière de penser, réfléchir en écosystème complet, comprendre qu’une décision ici à des conséquences là, que la solution la plus populaire n’est pas toujours la meilleure, surtout en cas de crise.

Nous sommes d’ailleurs heureux·ses de voir même le Conseil Constitutionnel évoquer cette question dans le cadre du volet énergie du projet de loi pouvoir d’achat,  concernant  le déploiement du terminal méthanier flottant. Il envoie au gouvernement l’avertissement suivant: « sauf en cas de menace grave, l’urgence d’une crise ne doit pas justifier de mesures aggravant le climat ».  Il rappelle que « la préservation de l’environnement doit être recherchée au même titre que les autres intérêts fondamentaux de la nation ».  

Alors, je ne sais pas si le débat se situe autour du fait de savoir si les écologistes sont plus dogmatiques ou non que les autres, ce que je sais c’est que nous avons toujours porté le même discours d’alerte et de sensibilisation autour des enjeux environnementaux. Ce que je sais c’est que le lien entre dérèglement climatique et inégalités sociales se démontre chaque jour par lui-même. Mais la question n’est pas tant d’avoir raison, mais d’agir !  

Agir avec un exécutif pleinement mobilisé car nous n’avons pas un·e vice-président·e climat ou un·e vice-président·e à l’environnement et puis les autres,  mais 23 vice-président·es qui travaillent de manière transversale sur ses questions.

Et nous n’avons pas non plus des vice-président·es qui s’occupent du champ social et puis les autres, nous avons 23 vice-président·es qui agissent autour de la justice sociale.

Par exemple, quand on met en place l’action Free Velo’v – ces vélos recyclés et reconditionnés à destination des étudiant·es et jeunes en insertion – on vient ainsi en aide à des publics qui ont connu une baisse importante de leur pouvoir d’achat, on facilite en même temps les mobilités alternatives, on développe une filière basée sur le recyclage, on forme des personnes en insertion sur des métiers en forte croissance comme le reconditionnement des flottes de vélos.

Quand on met en place la régie de l’eau : on œuvre pour maîtriser la gestion d’une ressource de bien commun, pour pouvoir introduire la réflexion de la tarification sociale mais on sort aussi et surtout d’un simple rôle de distributeur en prenant en considération l’ensemble du cycle de l’eau avec la question de la préservation des champs captant et des nappes phréatiques.

Heureusement, il est loin le temps où René Dumont était seul contre tous à évoquer les risques de sécheresse et de pénurie d’eau…

Alors, oui, il est difficile de se projeter dans un avenir qui peut être catastrophique, et il est plus facile de vendre du rêve et de regarder ailleurs. 

Il est plus facile de pointer les embouteillages, plutôt qu’expliquer que nous devons rattraper le retard pris par la ville en matière de mobilité alternative.

Il est plus facile de demander sans cesse le report de la ZFE plutôt que d’expliquer l’urgence des régulations d’aujourd’hui pour permettre le bien vivre de tous demain. 

Parce que nous n’engageons pas une politique réelle de transition en faisant ce qui est facile et vendeur mais ce qui est juste et nécessaire.

Notre devoir c’est d’engager durablement des politiques permettant de renforcer la résilience de notre territoire, c’est prendre soin de notre population et notamment des plus fragiles. Et nous verrons d’ailleurs pour ce conseil des délibérations autour du plan pauvreté, de l’accueil et de la protection de l’enfance.

Je vous remercie.


Vinciane BRUNEL-VIEIRA
Conseillère métropolitaine, co-présidente du groupe « Les Ecologistes »

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